Er ist wieder da

Titre français: Il est de retour
Réalisateur: David Wnendt
Année: 2015
Avec: Oliver Masucci, Fabian Busch, Katja Riemann, Christoph Maria Herbst

RESUME

70 ans après sa disparition, Adolf Hitler se réveille dans le Berlin de nos jours à l’emplacement de son bunker. Sans guerre, sans parti, sans Eva. Dans une Allemagne en paix, sous Angela Merkel et peuplée de plusieurs milliers d’étrangers, il commence une carrière à la télévision, mais surtout une campagne politique. Il se met alors à sillonner cette Allemagne nouvelle à la rencontre des allemands. Bien que sa personnalité, tout comme son apparence, n’ont pas changé depuis 1945 et que pour certains il est surtout un acteur politiquement incorrect, il parvient à devenir une star du petit écran et obtient de plus en plus d’adhésion auprès des allemands.

INFORMATIONS COMPLEMENTAIRES

  • Le film est une adaptation du roman du même titre écrit par Timur Vermes.
  • Certaines scènes ont été tournées en caméra cachée, notamment auprès de groupes néonazis.
  • Un remake italien, Sono Tornato, est sorti en 2018. Il s’agit du même scénario mais avec le retour de Benito Mussolini.
  • Dans une interview, l’acteur, Oliver Masucci (l’interprète d’Hitler), fait part d’un constat qui l’a quelque peu troublé : « les gens ont besoin de parler, ils veulent s’épancher auprès d’un Hitler paternel qui les écoute. J’ai trouvé effrayant la vitesse avec laquelle on peut conquérir les gens. Ils se tenaient tout de même debout aux côtés d’Hitler »
  • « L’acteur dit avoir pris 20.000 à 25.000 « Hitler selfies » lors du tournage ».

NOTE PERSONNELLE

Je reste sur cette lancée historique avec ce film plus que jamais d’actualité. Déjà à sa sortie, il entrait en résonnances avec l’actualité en Allemagne. Force est de constater qu’il est malheureusement toujours dans l’air du temps. Il questionne se qui se passerait si Hitler réapparaissait aujourd’hui. Quel serait sa réaction ? Est-ce que l’histoire pourrait se répéter ? Certes, ce n’est pas le premier film qui interroge le passé à travers le présent, mais je trouve ce point de vue uchronique assez intéressant. D’une part, il possède un aspect assez inquiétant lorsqu’il mêle réalité et fiction à travers des prises en caméra cachée, notamment auprès de groupe néonazis, révélant ainsi des réactions authentiques. D’autre part, le sujet est traité sur le ton de la comédie (grinçante), ce qui permet d’une certaine manière je trouve, d’alléger quelque peu le propos. Enfin, on peut également souligner la performance de l’acteur Oliver Masucci que l’ont retrouve d’ailleurs dans Werk Ohne Autor, dont j’ai déjà parlé (il y incarne le professeur de l’école d’art de Düsseldorf, marqué par la seconde guerre mondiale). En somme un film qui fait réfléchir sur notre monde actuel par le biais d’une sorte d’expérience sociale fictionnalisée.

Tatort

Je ne pouvais pas ne pas parler de la série phénomène en Allemagne : Tatort !  Peut être en avez-vous déjà entendu parler… Dans tous les cas, si vous apprenez l’allemand, vous ne pouvez pas passer à côté. Apparue dans les années 1970 et diffusée sur ARD, cette série policière est depuis suivie assidument par petits et grands. Le dimanche soir, c’est le rendez-vous familial par excellence ! Il est également aussi possible de la visionner dans des bars : les Tatort-Kneipen.

Chaque épisode se déroule dans un Land différents, avec son commissaire et son univers propre. Les épisodes sont indépendants les uns des autres et se terminent par la résolution de l’enquête. Par ailleurs, les spécificités de chaque lieu font partie de l’histoire ; ainsi à Cologne par exemple, la cathédrale est mise en évidence. Une occasion de découvrir l’Allemagne et ses « Sehenswürdigkeiten » (curiosités touristiques).

Les intriguent sont toujours étroitement liées à l’actualité. De cette façon, la série « a tout traversé, le conflit Est-Ouest et la chute du mur de Berlin, la vague de terrorisme d’extrême gauche dans les années 70 et l’émancipation féminine, le chômage de masse des dernières décennies et l’émergence d’une nouvelle criminalité venue de l’Est. Peu à peu, Tatort est devenu le miroir de la société allemande. »

Certains, l’adore, d’autres la trouve ringarde, elle reste néanmoins une nouvelle ressource pour son apprentissage de la langue ou simplement une expérience à tenter !

A LIRE: Pour plus de détails sur la série vous pouvez consulter le site officiel, ainsi que le compte Twitter et Youtube de la série 

Frantz

De : François Ozon
Année : 2016
Avec : Paula Beere, Pierre Niney, Johann von Bülow, Cyrielle Clair

RESUME

Dans un village allemand au lendemain de la guerre 14-18, Anna une veuve de guerre vient se recueillir chaque jour sur la tombe de son fiancé, Frantz, mort sur le front en France. Un jour elle y rencontre Adrien, un jeune français. Lui aussi était soldat pendant la guerre, il vient se recueillir sur la tombe de son ami. Toute deux apprennent à se connaitre et échangent sur le passé. Mais cette amitié naissante n’est pas au goût de tout le monde dans le village.

INFORMATIONS COMPLEMENTAIRES

  • Le film est adapté de la pièce de Maurice Rostand « L’homme que j’ai tué » paru en 1930. Avant François Ozon, Ernst Lubitsch avait déjà porté cette pièce à l’écran avec son film « Broken Lullaby » sorti en 1932
  • Hormis quelques scènes, une grande partie du film est en noir et blanc. François Ozon aurait opéré ce choix avant tout pour des raisons économiques. En effet, faute d’un budget suffisant, il ne pouvait pas reconstituer les décors avec suffisamment de réalisme en couleur. Toutefois, ceci s’est avéré être un défi esthétique car le réalisateur préfère tourner en couleur
  • Afin que les acteurs s’imprègnent de l’atmosphère que le réalisateur voulait donner au film, il a conseillé aux acteurs de regardé les La Fièvre dans le sang d’Elia Kazan et le Ruban blanc de Michael Haneke
  • Les deux acteurs, Paula Beer et Pierre Niney ont dû travailler dans une langue qu’ils ne maîtrisaient pas. Paula Beer explique d’ailleurs dans plusieurs interviews la difficulté de traduire des émotions dans une langue qui n’est pas la sienne. Ainsi que l’épuisement ressenti après une journée de tournage dans une langue étrangère
  • Normalement le prénom Frantz ne prend pas de « t ». Elle s’avère être une faute courante chez les français que le réalisateur a choisi de conserver
  • Le tournage a eu lieu dans de petites villes de l’Allemagne de l’Est d’autrefois où l’architecture des l’époque n’a connu ni destruction ni reconstruction. Il s’est également déroulé au château du Saussay à Ballancourt-sur-Essonne ; au Palais Garnier et dans plusieurs gare : celle de Bad Suderode en Saxe-Anhalt et d’Eymoutiers en Haute-Vienne

NOTE PERSONELLE

Frantz est avant tout un très beau film sur l’amitié franco-allemande. Dans cette production binationale,  l’allemand et le français s’alternent tout au long de l’histoire. Un français qui parle allemand, une allemande qui parle français dans un contexte historique bien particulier. Nous sommes ici en 1919 au lendemain de la première guerre mondiale. Habituellement, quand il est question de la guerre, j’ai plutôt le sentiment qu’il est question de la seconde. C’est donc un des points qui m’a interpellé avec ce film.

Dans un jeu de couleurs et de noir et blanc, François Ozon donne à voir toute la dureté de l’époque et met en exergue les animosités venues alimentées l’hostilité entre les deux pays. Il en résulte toute l’absurdité de la situation puisque les allemands reprochent au français d’avoir tué leurs fils, et les français reprochent aux allemands d’avoir tué les leurs. Une souffrance mutuelle que les deux nations se sont infligées. Un dialogue de sourd qui n’a fait que croitre et s’étoffer avec le temps. Pourtant la communication n’est pas impossible comme le prouve les deux protagonistes principaux qui affrontent le mensonge, le deuil et la culpabilité avec beaucoup de douceur et de fragilité. Le tout se tisse dans un rythme relativement lent et parfois pesant mais reflétant dans le fond les blessures profondes de ce traumatisme encore vivace.

Par ailleurs,  Frantz m’évoque un autre film dans cette veine historique franco-allemande, dont je souhaite faire part. Il s’agit du film français « Séraphine » de Martin Provost. On y retrouve un « couple » franco-allemand et ce contexte de première guerre mondiale (mais aussi les prémices de la seconde). Il raconte l’histoire de cette femme, Séraphine de Senlis, domestique le jour et peintre la nuit. Son talent artistique et ses œuvres sont découvertes par le collectionneur allemand Wilhelm Uhde qui lui permettra de donner de la visibilité à son travail. C’est également une œuvre que je recommande vivement !

Das Mädchen Rosemarie

De : Bernd Eichinger
Année : 1996
Avec : Nina Hoss, Heiner Lauterbach, Mathieu Carrière, Hannelore Elsner

RESUME

Francfort, dans les années 1950. Rosemarie Nitribitt, une jeune femme issue de la classe populaire rêve d’amour et de gloire. Pour cela, elle souhaite intégrer la haute société. Un espoir fleurit lorsqu’elle rencontre un puissant industriel avec qui elle entame une liaison. Cependant, si pour la jeune femme il s’agit d’une porte d’entrée dans ce monde tant convoité, il ne s’agit pour cet homme que d’une passade. Mais la volonté de Rosemarie est plus forte. Entre passion, espoir et désillusion Rosemarie tente tout ce qu’elle peut pour parvenir à ses fins.

INFORMATIONS COMPLEMENTAIRES

  • Le film de Bern Eichinger est le remake de la version de 1958 réalisé par Rolf Thiele.
  • Rosemarie Nitribitt a réellement existé. En effet, elle était call-girl de luxe à Frankfurt et a notamment été engagée dans des affaires d’espionnage industriel.
  • Malheureusement, à la fin des années 1950, elle est mystérieusement assassinée. Le meurtre ne sera jamais élucidé.

Sa vie a inspiré de nombreuses œuvres tels qu’un roman, plusieurs longs métrages, une comédie musicale et des pièces de théâtre. Par ailleurs, l’affaire Nitribitt est également traitée dans des livres et documentaires.

NOTE PERSONNELLE

Je vous partage aujourd’hui le film Das Mädchen Rosemarie sortie en 1996 avec Nina Hoss. Je précise, car il y eu auparavant  une autre version. L’interprétation de Nina Hoss dans le rôle principal est captivante. Elle oscille constamment entre jovialité, habillée de grands sourires,  et froideur, à travers des regards glacials et impassibles. Ils font d’elle une beauté téméraire dont émane pourtant une grande fragilité. Ainsi, on découvre un fait divers jamais résolu qui a fait grand bruit en Allemagne rendant ainsi célèbre Rosemarie Nitribitt. Le film offre également une fenêtre sur une période particulière, celle de l’essor économique exceptionnel que connaît l’Allemagne dans les années 1950-1960. Mais il délivre dans le même temps une critique sociale en exposant la dureté des classes bourgeoises et leur mépris des classes populaire. Les acteurs incarnent assez bien l’âpreté mais aussi l’hypocrisie de cette bourgeoisie qui n’hésite pas à profiter de la naïveté et l’ambition d’une jeune femme pour servir leur intérêt sans se soucier de sa personne et du danger auquel ils l’exposent. Je soulignerais également le soin apporté aux décors et surtout aux costumes avec un coup de cœur pour la robe que porte Rosemarie lors de la dernière séquence du film.

A VOIR: Pour en savoir plus sur l’affaire Nitribitt, voici un documentaire (en allemand) sur ZDF

Who am I : keine System ist sicher

Réalisateur: Baran bo Odar
Année: 2014
Avec: Tom Schilling, Elyas M’Barek, Hannah Herzsprung, Wotan Wilke Möhring

RESUME

Benjamin, un pirate informatique talentueux, ne trouve d’intérêt et de sentiment d’existence que dans le monde virtuel. Il finit par intégrer un petit groupe de hacker, CLAY, mené par le charismatique Max. Cette rencontre lui permet enfin de déployer l’étendu de son talent. Leur but est avant tout de se faire un nom dans le monde des hackers à travers des actions originales et toujours plus osées.  Cependant, ces élans d’audaces vont conduire Benjamin à devenir le hacker le plus recherché.

INFORMATIONS COMPLEMENTAIRE

  • En 2014 le film a été présenté en première mondiale au Toronto International Film Festival dans la catégorie „Contemporary World Cinema“.
  • Le parti (BND) contre lequel CLAY élabore un plan est une allusion au parti NPD (Nationaldemokratische Partei Deutschlands)
  • Au cours du film, un tableau apparait à plusieurs reprise (il accroché sur le mur du médecin qui soigne la grand-mère de Benjamin). Il s’agit  de « La reproduction interdite » du peintre surréaliste René Magritte (1937)
  • Le titre du film est basé sur la commande d’un système d’exploitation réellement existant nommée « whoami ». Ce système est utilisé pour trouver sa propre identité d’utilisateur sur un ordinateur lorsqu’il y a plusieurs utilisateurs possibles.
  • Il s’agit du premier thriller allemand, depuis les années 1980, à prendre la première place dans le classement des films allemands. (Avant cela, la place était détenue par le film policier Schimanski)
  • Dans le cadre des SchulKinoWochen (un dispositf d’éduction à l’image*) le film a été proposé comme sujet au classe de huitième dans plusieurs matières telles que allemand, politique, étude sociales…

*Les SchulKinoWochen : il s’agit d’un programme d’éducation à l’image tel qu’Enfance au cinéma en France. Il est organisé par VISION KINO en collaboration avec différents partenaires de  chaque Länder notamment les Ministères de l’Education et de la Culture (Bildungs- und Kultusministerien ). Pendant ces SchulKinoWochen des classes viennent assister à une projection dans un cinéma proche de l’école. Les films proposent des thèmes en lien avec le programme scolaire. Par ailleurs, ils sont également accompagnés de documents pédagogiques à  disposition des enseignants. Parfois des professionnel.le.s viennent répondre aux questions des élèves.

NOTE PERSONNELLE

J’avais très envie de partager ce film qui s’est avéré être une très chouette découverte, un peu inattendue. Bien que je sois totalement novice en hacking et autre prouesses informatiques, le film a su très vite me captiver. Malgré les interventions techniques par moment bien obscures à ma compréhension mais également questionnables sur leur vraisemblance, j’ai accordé ma confiance aux personnages en attendent sagement la suite. Le film laisse peu de temps mort, tout s’enchaîne dans un rythme soutenu qui nous tient en haleine jusqu’au dernier rebondissement. Toutefois, cet enthousiasme a, par moment, failli disparaître, mais la fin a su me convaincre. En effet, presque déçue du dénouement trop proche d’une autre référence cinématographique que je tairai ici, le film nous emporte finalement dans une autre direction. Le tout est servi dans une esthétique soignée, grise et oppressante. Par ailleurs, j’ai beaucoup apprécié la matérialisation du cyberspace permettant ainsi de mieux se le figurer. Who Am I laisse une emprunte forte à l’esprit.

Systemsprenger

Titre français: Benni
Réalisatrice: Nora Fingscheidt
Année :2019
Avec : Helena Zengel, Albrecht Schuch, Gabriela Maria Schmeide, Lisa Heigmeister

RESUME

Que faire d’une enfant inadaptée aux normes du système éducatif ? Tel est l’enjeu proposé à travers ce film. Benni, neuf ans, négligée par sa mère, enchaîne les foyers pour enfants turbulents jusqu’à épuisement. En effet, la jeune fille est en proie à de violentes crises d’agressivités qui la rendent dangereuse aussi bien pour les autres que pour elle. Pourtant, Benni souhaite simplement être protégée et retrouver l’amour maternelle qui lui manque. Heureusement, elle n’est pas seule. Une assistante sociale et un éducateur vont tout faire pour l’aider à guérir ses blessures afin qu’elle puisse trouver une place dans le monde.

INFORMATION COMPLEMENTAIRE

  • Il s’agit du premier long métrage pour la réalisatrice Nora Fingscheidt.
  • La première de Systemsprenger a eu lieu dans le cadre de la 69ème édition de la Berlinale.
  • L’intention de Nora Fingscheidt était de créer une expérience de cinéma vive où le but n’était pas de reproduire la réalité car selon elle la réalité est bien pire.
  • La réalisatrice a fait le choix d’une jeune fille de neuf ans sans origine étrangères et avant le début de la puberté. Ceci afin d’écarter tous clichés de catégorisation comme une rébellion liée à la puberté, au sexe ou encore à l’ethnie.
  • Des recherches approfondis pendant cinq ans ont permis l’écriture du scénario. La réalisatrice a notamment travaillé et visité des écoles de soutiens scolaires, des cliniques psychiatriques pour enfants, et a eu de nombreuses conversations avec le personnel des institutions.
  • La thématique est née lors du tournage du documentaire Das Haus neben den Gleisen. Le film traite de la vie quotidienne d’une pension pour femme à Stuttgart qui accueille des femmes sans domicile fixe. Parmi elle, une jeune fille de 14 ans refusée dans toutes les institutions de protection de la jeunesse.

SITE OFFICIEL: https://www.systemsprenger-film.de/  -> Voici le lien du site officiel. Vous y trouverez de nombreuses informations et documents à télécharger (photos, matériel pédagogique…). Il y a notamment une explication détaillée sur les recherches et les choix fait par la réalisatrice pour la création de ce film, tel que le questionnement sur la plausibilité des faits, le choix du titre, montrer la complexité du système d’aide et le ressentis des acteurs de ce système. De plus, le site donne un lien vers une vidéo qui tente de définir le terme de « Systemsprenger ». Le tout est en allemand.

NOTE PERSONNELLE

Cela faisait plusieurs mois que j’entendais parler de ce film jusqu’à sa consécration au Deutscher Filmpreis. Aux premiers abords, l’histoire ne me semblait pas particulièrement attirante. Ce sont finalement les extraits passés pendant la cérémonie des Lola et, je l’avoue, le fait qu’il ait reçu de nombreux prix dont celui du meilleur film qui ont su me convaincre. Finalement le film m’a séduite ! Il mérite amplement ses récompenses, notamment la jeune actrice, Helena Zengel (Beste weibliche Hauptrolle). Non sans rappeler le personnage de Steve dans Mommy de Xavier Dolan, Helena Zengel livre une fantastique performance avec son personnage branché sur mille voltes tout en faisant preuve d’une grande tendresse et sensibilité.

Une œuvre intense loin d’être de tout repos, emprunte d’une forte empathie kinesthésique. Le film n’est pas seulement visuel, mais il a également quelque chose de physique. A aucun moment se dessine une réponse simple, tout est constamment remis en question. Ainsi, la réalisatrice met en scène une réalité dure où les petites lueurs d’espoir sont rapidement mises à mal et place le spectateur en position d’impuissance comme peuvent le ressentir l’assistante sociale ou l’éducateur à bout de solution. Bien que la réalité soit encore plus rude on découvre les rouages complexes d’un système d’aide à l’enfance. Une œuvre qui marque les esprits et le corps, et montre le travail remarquable de Nora Fingscheidt et de ses acteurs.

Werk ohne Autor

Titre français: L’Oeuvre sans auteur
Réalisateur : Florian Henckel von Donnersmarck
Année : 2019
Avec : Tom Schilling, Sebastian Koch, Paula Beer, Saskia Rosendahl, Lars Eidinger, Hanno Koffler

RESUME

Kurt est peintre, il découvre sa vocation après la visite d’une exposition sur « l’art dégénéré » à Dresde en 1937 au côté de sa tante qui sera internée et assassinée par les nazis du fait de ses troubles psychiatriques. Plus tard, en RDA, il intègre les Beaux-arts où il doit, non sans peine, s’adapter aux exigences du « réalisme socialiste ». Puis, il passe en RFA, aux côtés d’Ellie une étudiante en mode dont il tombe amoureux. Là-bas, il peut enfin pleinement exercer son art. Toutefois, une ombre vient noircir le tableau. Bien que Kurt l’ignore, le père d’Ellie, médecin reconnu, est étroitement lié au passé terrible de sa famille.

Réalisme socialiste : le réalisme socialiste est une doctrine littéraire et artistique du XXᵉ siècle inspirée du réalisme et dans laquelle l’œuvre doit refléter et promouvoir les principes du communisme de type soviétique


NFORMATION COMPLEMENTAIRE

  • Le film a été nommé aux Oscars dans la catégorie meilleur film étranger et à celui de la meilleure photographie.
  • Il s’agit du troisième long métrage pour Florian Henckel von Donnersmarck, et marque son retour en Allemagne après « The Tourist » avec Angelina Jolie et Johnny Depp.  
  • Le tournage s’est déroulé à Berlin, en Saxe, en Rhénanie du Nord-Westphalie et en Pologne.
  • Le personnage de Kurt Barnert s’inspire d’un véritable peintre : Gerhard Richter, né en 1932 à Dresde et vivant désormais à Cologne.
Gerhard Richter
  • Ce n’est pas sans raison que le réalisateur se lance dans l’écriture du film en 2014. En effet, il a été fortement imprégné par l’art. Alors qu’il n’a que dix ans, il est marqué par l’exposition d’œuvres avant-gardistes « Zeitgeist » au Martin Gropius Bau de Berlin. Plus tard, la découverte du peintre Gehrard Richter renforcera cette impression.
Gerhard Richter, “Fuji”, Oil on aluminium, 37.4 x 29.2cm, 1996
Gerhard Richter, “Rosen”, Offset lithograph on paper, 63 x 63cm, 1994

  • L’exposition que l’on découvre au début du film réunie les œuvres de peintres comme Picasso ou Kirchner considérés comme malade par le régime nazi. L’art moderne sera interdit au profit d’un art officiel. Inaugurée à Munich en 1937, l’exposition voyage à travers l’Allemagne et l’Autriche et réunira plusieurs millions de visiteurs. Par ailleurs, sa reconstitution nécessitera de nombreuses recherches et certaines œuvres, depuis détruites, comme Les Invalides de guerre d’Otto Dix, ont dû être reproduites d’après des photos et en collaboration avec les archives des artistes en question.
  • De nombreux peintres ont servis de sources d’inspiration pour l’élaboration du film comme par exemple Richter, Beuys, Polke, Uecker, Mack, Warhol, Yves Klein, Lucio Fontana ainsi que les grands artistes de Düsseldorf de l’époque. Le réalisateur s’est aussi inspiré des études de Thomas Demand à Düsseldorf, ainsi que de ses propres études à l’école de cinéma de Munich. Il a également eu la visite de d’artistes venant soumettre leurs idées.

NOTE PERSONNELLE

Je suis tombée par hasard sur ce film. Attirée par la thématique artistique, je comprends vite qu’il ne s’agit pas là de l’unique sujet puisqu’il nous plonge dans l’horreur du nazisme puis la rigidité de la RDA. Toutefois, le conflit mondial, qui n’en est pas moins intense et poignant, est très vite évacué pour laisser place à l’après-guerre et comment le passé vient travailler la matière artistique. Dès les premières minutes, ont nous rappelle la vision du régime nazi sur quelques artistes comme Picasso ou Chagall, puis le ton s’adoucie. On passe de tableaux peint avec une grande attention à des œuvres cocasses, maltraitées ou grasses… J’ai beaucoup apprécié le traitement réservé à l’art contemporain, tirant parfois vers la dérision, comme dans la scène de la visite de l’exposition de Düsseldorf. Il nous rappelle qu’il est important de garder un œil critique et détaché.

Malgré le ton parfois un peu trop mélodramatique à mon goût,  le film reste très touchant et sait séduire par sa douceur et sa mise en scène soignée. Son approche singulière et substantielle de l’art, sans manquer d’humour, donne une toute autre dimension à toute la complexité de cette Allemagne blessée et divisée. Par ailleurs, il nous permet de réviser quelques faits historiques puisque le film s’étale sur plusieurs années (de la fin des années 1930 aux années 1960). Enfin, il est aussi amusant d’observer les acteurs allemands interpréter à tout de rôle l’oppresseur et l’oppresser. Ainsi, l’acteur Sebastian Koch qui interprétait le dramaturge surveillé par la Stasi dans « La Vie des Autres » devient ici un médecin partisan de l’idéologie nazie.

Deutscher Filmpreis 2020

Voici un aperçu des lauréats de la 70ème édition du Deutscher Filmpreis révélés hier soir lors d’une très belle cérémonie en live.

Une cérémonie singulière adaptée à la situation particulière dans laquelle nous sommes, présentée par Edin Hasanovic sur un plateau sans public et en visioconférence avec les nominé.e.s.

Bester Spielfilm

Lola d’or

Peter Hartwig, Jonas Weydemann, Jakob D. Weydemann

Lola d’argent

Leif Alexis, Jochen Laube, Fabian Maubach

Lola de bronze

Ingo Fliess

Bester Dokumentarfilm

Alex Tondowski, Ira Tondowski

Bester Kinderfilm

Jochen Laube, Fabian Maubach, Clementina Hegewisch

Beste Regie

Nora Fingscheidt

Bestes Drehbuch

Nora Fingscheidt

Beste weibliche Hauptrolle

Helena Zengel

(Systemsprenger)

Beste männliche Hauptrolle

Albrecht Schuch

(Systemsprenger)

Beste weibliche Nebenrolle

Gabriela Maria Schmeide

(Systemsprenger)

Beste männliche Nebenrolle

Albrecht Schuch

(Berlin Alexanderplatz)

Beste Kamera / Bildgestaltung

Yochi Heimrath

Bester Schnitt

Stephan Bechinger, Julia Kovalenko

Beste Tongestaltung

Corinna Zink, Jonathan Schorr, Dominik Leube, Oscar Stiebitz, Gregor Bonse

Beste Filmmusik

Dascha Dauenhauer

Bestes Szenenbild

Silke Buhr

Bestes Kostümbild

Sabine Böbbis

Bestes Maskenbild

Astrid Weber, Hannah Fischleder

Beste visuelle Effekte und Animation

Jan Stoltz, Claudius Urban

Besucherstärkster Film

Bora Dagtekin · Produktion Lena Schömann

Ehrenpreis

Edgar Reitz

Dark

De : Baran bo Odar, Jantje Friese
Annnée : 2017
Avec : Louis Hofmann, Andreas Pietschmann, Maja Schöne

RESUME

La disparition d’un enfant amènent quatre familles dans une quête pour trouver des réponses. La chasse au coupable fait émerger les péchés et les secrets d’une petite ville.

INFORMATIONS COMPLEMENTAIRES

  • L’histoire se passe dans une ville fictive, Winden, tournée dans la région de Brandenburg, en Allemagne. La plupart des scènes en extérieurs ont été tournés à la Fahrtechnikakademie Kallinchen, une ancienne zone d’essais militaires de la République démocratique allemande (RDA), près de Berlin.
  • « Il existe véritablement une commune allemande appelée Winden im Elzta (au sud de laquelle se trouve la ForêtNoire, un site naturel connu entre autres pour être lié au folklore allemand et une source d’inspiration des Frères Grimm ), celle-ci ne présente aucun lien avec la ville fictive de la série. En outre, les réalisateurs ont déclaré dans une interview avoir voulu rendre Winden la plus banale possible afin que les spectateurs puissent y voir le lieu de leur choix, plaisant ainsi à une plus grand audience. »
  • « Le tatouage dorsal du prêtre Noah ( Mark Waschke) est une représentation de la Table d’émeraude. Il s’agit de l’un des textes les plus célèbres d’hermétisme, un courant religieux et philosophique dont le personnage semble être l’un des adeptes. Datant du IIème siècle av. J.-C., ce texte débat de l’idée selon laquelle les actions, qu’elles semblent importantes ou insignifiantes, sont toutes liées les unes aux autres et s’influencent mutuellement, ce qui est l’une des thématiques centrales de la série. En outre, les théoriciens du complot arguent que la Table d’émeraude est, en réalité, beaucoup plus ancienne, et que son langage pourrait provenir d’extraterrestres ou de voyageurs dans le temps. »

Freud

De : Marvin Kren
Année : 2020
Avec :Robert Finster, Ella Rumpf, Georg Friedrich

RESUME

Dans le Vienne du XIXème siècle, le jeune médecin Sigmund Freud est amené à résoudre une série de meurtres avec l’aide d’une médium et d’un policier.

INFORMATIONS COMPLEMENTAIRES

  • Le tournage a eu lieu entièrement à Prague en République tchèque.
  • Georg Friedrich joue également dans « Helle Nächte » qui figure dans les films proposés dans ce blog.
  • Freud est disponible sur Netflix. Bien que les critiques soient particulièrement assassines, la série cartonne sur la plate-forme. Je vous laisse juge de cette œuvre.
  • La série n’a pas du tout pour vocation un retour sur l’histoire du père de la psychanalyse mais est vraiment à prendre comme une série criminelle.